Pourquoi les médecins boudent-ils les réseaux sociaux ?

Chers e-confrères, j’ai besoin de vous !

Ce billet est destiné à préparer un article sur l’échec des réseaux sociaux destinés aux médecins français. J’ai besoin de votre aide pour tenter de cerner les raisons de l’absence d’intérêt de nos confrères pour les sites communautaires professionnels.

Evacuons d’emblée le paradoxe de ma démarche : interroger les e-médecins sur les raisons de l’absence d’intérêt de la profession pour les communautés numériques professionnelles ! Je devrais logiquement lancer des entretiens qualitatifs chez des médecins non connectés. Je n’en ai pas les moyens.

Je me tourne donc vers les quelques centaines de confrères (toujours les mêmes) qui fréquentent Twitter, FaceBook et autres Instagram,  ou les listes de discussions professionnelles, pour leur demander leur ressenti sur les causes  de l’aversion des médecins pour les échanges numériques. J’en ferai ultérieurement une synthèse et un sondage. Vous pouvez m’aider en postant en commentaire votre point de vue sur le sujet. Je sais par expérience que vous avez fait beaucoup d’efforts pour « évangéliser » nos confrères sur l’interêt de la réflexion en réseau. Ce sont les raisons des résistances rencontrées qui m’intéressent.

Le cadre est celui des espaces de dialogue concernant la pratique professionnelle dans chaque spécialité, et non les sites de dialogues syndicaux ou centrés sur une pathologie rare.

Cela fait 15 ans que je suis attentivement les tentatives des pionniers du web, des e-entrepreneurs ou de l’industrie pharmaceutique pour créer des communautés médicales en ligne. J’ai moi-même lancé quelques tentatives, notamment avec mon site www.atoute.org.  Malgré quelques départs prometteurs et de nombreuses fanfaronnades, le constat est cruel : ces sites restent des coquilles vides. Quant aux listes de discussions professionnelles, elles ne dépassent pas quelques centaines d’inscrits et quelques dizaines de posteurs réguliers. J’ai pu constater au contraire le succès des espaces d’échanges pour patients, à condition qu’ils soient ouverts (forums en lecture libre comme ceux de Doctissimo) mais c’est un autre sujet.

Je voudrais essayer de comprendre les raisons de ces échecs .Merci pour votre aide.

27 réflexions au sujet de « Pourquoi les médecins boudent-ils les réseaux sociaux ? »

  1. Dominique Dupagne Auteur de l’article

    Je commence avec mon propre ressenti, et celui résultant de l’opinion de quelques confrères :

    1- Les médecins sont débordés et manquent de temps pour converser sur le web
    2- C’est pareil pour les autres professions, l’absence d’intérêt des médecins pour les espaces communautaires n’est pas spécifique à leur profession
    3- Les médecins exercent en solitaire (en libéral) et cherchent des contacts réels, et donc plutôt des repas (de laboratoires…) ou des réunions physiques (FMC)
    4- Les médecins n’aiment communiquer qu’avec des confrères qu’ils connaissent déjà.
    5- Les médecins ne connaissent pas grand-chose au numérique et sont peu intéressés.
    6- Les jeunes médecins de la génération Y ne sont pas encore installés.
    7- Pendant leur temps libre, les médecins n’ont pas envie de parler de médecine.
    8- Les médecins sont allergiques au clavier.
    9- Les médecins échangent déjà par mail ou SMS et cela leur suffit.
    10- Les médecins ne ressentent pas le besoin de communiquer entre-eux en temps réel.

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    1. jean marc cachera

      -Peur d’être jugé et méprisé par ses pairs, inculquée dès l’externat et « sport » largement pratiqué dans le métier ? Besoin de maintenir son image?
      -Tradition française du secret?

      Résultat: On parle de ses problèmes ou doutes discrètement à un collègue/copain à l’écart lors d’un repas ou ailleurs, mais pas en pleine lumière.
      Dans ma spécialité, la communauté numérique que je fréquente est américaine et son ton est très décontracté (nous y sommes quelques français…). J’aimerais cette liberté dans notre pays, avec des sexagénaires capables de discuter de rock et de moto, qui sont des leaders mondiaux dans leur domaine médical.

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  2. Rouillier

    1. La plupart des espaces sont cannibalisés par les labos. Ça me fait fuir.
    2. Ceux qui sont plus intéressants sont extrêmement chronophages. Je citerai Mglist, et bien sur Atoute.
    Joyeux Noël Dominique !
    J

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  3. PUautomne

    Le médecin est par essence conservateur. Il ne s’approprie de nouveaux usages que si une autorité lui dit c’est bien. Ceci tient à son éducation. Nous enseignons la médecine sur un mode reflexologique, y a ça je fais ça. Nous n’enseignons pas l’incertitude. Ceci est malheureux mais c’est comme ça.
    Ceci ne pourra pas changer tant qu’il y aura l’ECN. On pourrait imaginer que ce management de l’incertitude pourrait s’apprendre en troisième cycle, mais l’obsession de l’efficience plus l’angoisse du jeunes internes ne favorisent pas les approches, je ne sais pas, mais j’essaye et je vois ce qui se passe. une forme de médecin expérimentale au lit du malade.
    Les jeunes aiment bien ceux qui les rassurent.
    A partir de là, il n’est pas étonnant de l’absence de gout pour le réseau social. Remise en question, obligation d’avoir une approche critique, pas d’autorité au sens classique, etc.
    Les médecins s’approprieront les réseaux sociaux quand ils feront partie de notre vie de façon mainstream dans la population générale et encore.

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  4. Jacques Lucas

    Je ne partage pas l’opinion de Puautomne sur l’argument d’autorité. Même le CNOM vu comme conservateur a indiqué que les médecins devaient « investir le web » et l’intégrer dans leurs pratiques.
    Je pense que le désintérêt tient à plusieurs facteurs associés : le temps, le fait que la rencontre IRL est plus fructueuse car elle permet la nuance, le fait que les médecins se regroupent et trouve dans le groupe des réponses à leurs interrogations ou du moins des références de contacts externes au besoin. Voilà quelques éléments. Mais c’est encore plus complexe que cela.
    A bientôt Dominique.

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    1. Dr Isabelle GAUTIER PARIS

      La culture hippocratique est celle du secret. Elle est enracinée en nous.
      Le médecin a probablement plus de raisons d’être pudique que les autres.
      il faudrait des thèmes qui structureraient et pour ne pas s’égarer dans des fatras partant dans tous les sens : exemple
      Pourquoi les directives anticipées en QCM sur AMELI ne font frémir personne . Ces « ordonnances » de la CNAM vont enterrer la clause de conscience et ça ne réveille pas les vivants.

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  5. Twitter

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  6. Meningidoc

    @DDupagne @Jcqslucas
    J’ai levé le pied sur Twitter depuis qques mois après y être allé quotidiennement en observateur quoique ..
    Je trouve finalement que sur Twitter les échanges sont soit plutôt sur le mode polémique et trop en lien avec l’actualité soit sur le mode perso : « je raconte mes histoires » (çà peut faire du bien …) Je reste abonné a @DDupagne (dont j’ai l’impression qu’il retrouve Twitter après une absence remarquée même si annoncée) et @Jcqslucas
    Concernant les blogs, j’ai regardé régulièrement certains blogs de confrères (Atoute, Rien que la MG ..) sans y répondre car très « documentés » et « élaborés » pour que je poste une réponse circonstanciée sans y passer trop de temps.
    En matière de formation et d’échanges je trouve plus riche le contact direct via les Groupes de Pairs ou autre groupe; quant aux stratégies diagnostiques ou thérapeutiques je m’en réfère aux revues que j’ai sélectionnées et indexées (Prescrire, Médecine et Rev Prat MG) qui sont disponibles sans se connecter.
    Sur une interrogation ponctuelle j’utilise effectivement courriel (avec photo ou ECG le cas échéant) ou SMS avec mes correspondants dont je sais qu’ils sont joignables par téléphone si besoin.
    Enfin je ne me sens pas aussi libre pour échanger sur le Net qu’en vis à vis , même si les enjeux ne sont pas à la hauteur de ceux de Sony
    Gérard EUGENE , MG en retraite depuis 2 mois

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  7. Dominique Dupagne Auteur de l’article

    Sur Twitter :

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  8. DELAMARE

    Je trouve qu’on y trouve toujours les mêmes et surtout les mêmes Dr KISLAPETE, celui qui sait tout sur tout qui méprise ses confrères et qui donne des leçons.
    Pour communiquer il faut faire un effort , or la plupart des contibuteurs n’y viennt que pour faire reluire leur EZgo, se prendre pour des leaders d’opinion et de grands penseurs.
    Il n’y a plus de vrais débats depuis longtemps, la pontification est de règle et il est facile de supprimer un opposant.
    Donc les réseaux sociaux en dehors de la mode ne sont pas de même nature que les listes de diffusion, qui permettent à condition de ne pas retrouver les mêmes KISLAPETE de faire du travail collaboratif ou de participer à une discussion en l’enrichissant.
    Les médecins ayant tendance à se prendre pour Dieu n’admettent pas d’être critiqués par leurs confrères et se réfugient dans leur tour d’ivoire, persuadés d’avoir raison.
    A côté des réseaux américains et anglais il y a une nette différence d’ambiance.
    Les contributeurs contribuent vraiment et ne sont pas méprisés par les KISLAPETE!

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  9. Jeannot Jean Gabriel

    Bonjour,

    J’ai Dominique une vision moins négative que toi. Ok, l’adoption des médias sociaux par les médecins n’est pas très rapide, je crois cependant que le temps va montrer une lente mais progressive évolution.

    Pourquoi les médecins sont si lents ? Premièrement, les médecins sont plutôt habitués à échanger dans le cadre du colloque singulier, le médecin et le patient, deux, pas plus. Un deuxième élément est à mon avis le manque de formation. Il y a tout de même bien peu de formations dans le cursus du médecin, y compris pour les plus jeunes actuellement en formation. Troisième élément, le manque de soutien des diverses sociétés savantes: avez-vous vu beaucoup d’informations destinés aux eMédecins et aux ePatients sur les sites de ces différentes organisations savantes ?

    Voilà, mon avis.

    Il reste du travail, passionnant.

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  10. DrNamaskar

    Contrairement aux collegues qui pensent que leur temps est trop limite, mon avis est qu’internet pourrait nous faire gagner du temps par rapport aux reunions/diners …
    En ce qui me concerne, comme dit par d’autres precedemment, je suis peu sur les reseaux sociaux par peur d’etre jugee, malgre un anonymat partiel … Peur de poser une question dont la reponse serait trop evidente pour les autres, peur de donner un mauvais avis, et aussi simplement sensation d’avoir trop peu de connaissances pour participer …

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  11. Dominique Dupagne Auteur de l’article

    Sur FaceBook

    Docteur Urbain
    Je ne suis pas le bon exemple, je peux essayer de deviner pour mes confrères et amis :
    1) Pour beaucoup d’entre eux, peu d’aisance avec l’informatique
    2) Tout bêtement pas le temps
    3) On peut imaginer peut-être une méfiance par rapport à des médias dont une des caractéristiques dominantes est l’impermanence ?

    De toutes façons, tu ne poses pas la question au bon endroit : il faudrait que tu ailles sur un site où ne se connectent que des gens qui ne vont pas sur les médias sociaux !

    Marc Zaffran
    My two cents (mon grain de sel) :
    1° pour aller sur un Réseau social, il faut aimer communiquer ;
    2° les médecins qui aiment communiquer vont sur les RS (je te fais pas l’insulte de te donner des exemples, toi qui tiens un registre des médecins blagueurs. Blogeurs.) ;
    3° beaucoup de médecins n’aiment pas communiquer  » ;
    4° en France, l’ « élite » (ceux qui disent ou pensent en faire partie) ne veulent pas se mêler au bas peuple (en 2002, à France Inter, on trouvait méprisable que je réponse aux courriels de lecteurs. A France Inter. Radio publique…) ;
    5° bcp de médecins (non, pas tous, pas tous) pensent qu’ils font partie de l’élite… CQFD.

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  12. Me Didine

    Je suis médecin remplacant en Province depuis 14 ans, je commence à connaitre les loustics. Pour ma part, lorsque je veux échanger, je le fais avec les coolègues. Quand une question me taraude, je vais sur les sites et je cherche une réponse qui me convienne. Je n’ai pas le reflexe d’aller sur un réseau professionnel: à vrai dire je n’en connais pas, et pourtant, je pratique la e medecine…

    Ceux que je remplace sont souvent réfractaires à l’ordinateur, parfois ils sont connectés et quand ils ont du temps, ils ne le passent pas sur internet, c’est certain.

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  13. Sylvie Royant-Parola

    Je ne suis pas aussi pessimiste que toi… Oui les médecins sont occupés, finissent tard, et n’ont pas envie de discuter .. pour rien!
    Mais quand on y regarde bien , seuls, 10% des « gens » sont connectée. est- ce si différent chez les médecins? Pour avoir essayer de créer des groupes de discussion (sur le sommeil) parmi mes pairs et constater que les médecins s’inscrivent peu, je me suis demandée pourquoi… Comme toi! La moyenne d’âge est globalement plus élevée que la moyenne d’âge nationale, ensuite… Beaucoup « -« consulte » mais ne s’exprime pas, comme dans la vraie vie. S’exprimer sur les réseaux sociaux c’est être actif. Même dans les CA d’association je suis toujours surprise par le silence des gens. Comme s’ils n’avaient rien à dire…. ça m’angoisse vraiment, et je n’ai pas d’explication autre que la parole du chef ne peut pas être discutée….

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    1. Dominique Dupagne Auteur de l’article

      Actuellement, le taux de médecins connectés à des groupes d’échangess professionnels numériques (listes de discussion, forums) est très inférieur à 1% .

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  14. Ariane

    Bonjour, je ne suis pas médecin, je suis diététicienne en libéral donc je n’ai qu’une part de préoccupations en commun avec vous. Je suis assez présente sur les réseaux sociaux (mais certes, cela prend du temps !) et c’est une mine d’informations si l’on sait trouver les bonnes sources, une fantastique source de contacts que l’on peut choisir de prolonger dans la vraie vie et qui peut contribuer à éviter un éventuel sentiment de solitude, un moyen de développer le partage entre professionnels, etc.

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  15. Nathanael faibis

    Salut dominique,

    Le (relatif) succes de doximity aux US ne tend il pas a montrer que ce qu il manque est un reseau social performant destine aux medecins?

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  16. farfadoc

    Ça reste vraiment une grande interrogation pour moi.
    Parmi mes copains/copines IRL, je passe vraiment pour une geek (et c’est pas forcément un compliment, je crois). Même si souvent on me dit « mais comment tu es au courant de tout ça? ».

    Le côté chronophage fait peur, vraiment. Et même si je me suis bien calmée , je pense que mon exemple auprès des ami.e.s a joué pour amplifier cette crainte.
    Il y a l’obstacle technique (et oui, même pour des trentenaires, certains sont mal à l’aise avec l’outil informatique, allergiques aux smartphones etc).
    Au-delà de ça, je me demande s’il ne peut pas y avoir un côté « c’est trop ». Trop difficile de se remettre en question tout le temps et d’être dans le flou. J’ai vraiment ressenti ça ces derniers temps : avec les discussions sur la grève, l’avenir de la MG, à lire de nombreuses réactions, je ne sais plus où j’en suis… en dehors du fait d’avoir un peu la trouille concernant l’avenir!
    Pareil concernant du biomédical pur et dur: j’ai lu pas mal de choses sur le diabète de type 2, les statines, le risque cardio vasculaire, le fait que les recommandations actuelles reposent finalement sur du flou, qu’on n’a aucune idée de ce qu’on fait au quotidien.
    Au total, j’y ai passé du temps, et je suis moins à l’aise maintenant qu’avant d’avoir lu tout ça concernant la prise en charge de mes patients. Ce qui n’est finalement pas si agréable que ça 🙂

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  17. Dr blanc

    Le manque de temps est une fausse barbe. On trouve le temps pour mener une activité qui apporte un réel bénéfice (quelle que soit la nature de ce bénéfice). Donc si on ne le fait pas c’est qu’on n’y trouve pas d’intérêt ou, si on ne s’y met pas ou n’essaye pas, c’est qu’on n’a pas compris ou ressenti ou dėcouvert l’intérêt. Démarrer sur Twitter par ex. est très difficile. On ne sait ni comment ça marche ni à quoi ça sert. Après il faut trouver qui suivre d’intéressant par rapport à ses propres problèmes. Cela peut vraiment prendre du temps avant de donner des fruits. Encore un obstacle donc. Pareil pour les blogs. Il y en a une telle masse. Il faut en lire pas mal pour trouver ceux qui sont intéressants pour soi, etc. Je pense qu’une grosse difficultés vient de la masse d’infos au milieu de laquelle il faut trouver son chemin. Et qu’il n’y a pas de chemins balisés par définition.
    Ensuite il faut l’envie d’apprendre, de découvrir, la capacité de voir ses certitudes remises en question, etc. Point trop facile dans une profession souvent très sûre d’elle.
    Voilà pour mon feeling sur ce sujet.

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  18. docteurdu16

    Bonjour,
    La réponse me paraît claire : les médecins ont peur. Peur d’être identifiés (sauf s’ils utilisent les réseaux sociétaux pour faire de la pub), peurs d’être critiqués, peur de dire des bêtises, peur de ne pas être à la hauteur quand il s’agit de découvrir un diagnostic, de proposer une procédure, et cetera. Pour vivre heureux, vivons cachés : ainsi peuvent-ils pratiquer dans l’intimité de leur cabinet et continuer de faire ce qu’ils veulent sans témoins. Peur de changer, également.
    Bonne journée.

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